Arthur Segal (1875, Iași – 1944, Londres) fut un peintre et graveur roumain d'avant-garde, l'un des ponts essentiels entre le modernisme roumain et les grands mouvements européens. Formé à Munich et Berlin, Segal a exposé à la Sécession berlinoise, s'affirmant par un langage expressionniste consolidé par une rigueur constructive. Pendant la Première Guerre mondiale, il se trouvait à Zurich, où il a rejoint le cercle Dada ; il y a réalisé des gravures et des xylographies au message fortement anti-guerre, définissant son profil éthique et esthétique.
Après 1919, il retourne à Berlin, rejoint le Novembergruppe et l'Arbeitsrat für Kunst, théorise « l'équivalence des contrastes » – un principe compositionnel par lequel les plans de couleur, la lumière et l'ombre deviennent des éléments équilibrés, d'égale valeur expressive. Dans sa peinture, Segal passe de scènes urbaines, d'intérieurs et de paysages marins (avec des reflets, des passerelles, des côtes) à des compositions de plus en plus géométrisées, où la structure prime sur l'anecdote. La palette est sobre, analytique, et la construction de l'image est claire, d'une logique interne rigoureuse.
Persécuté par le régime nazi, il émigre en 1933 et s'installe finalement à Londres (1936), où il ouvre l'Arthur Segal School of Painting and Drawing, poursuivant à la fois la recherche théorique et la pratique pédagogique. Ses œuvres graphiques – en particulier les xylographies – restent des références du modernisme européen par la synthèse entre éthique, idée et savoir-faire.
Aujourd'hui, Arthur Segal est reconnu comme un classique de l'avant-garde : un artiste lucide, pour qui la peinture et la gravure sont, à la fois, des laboratoires de la pensée visuelle, où l'équilibre moderne entre forme, couleur et sens devient un principe de liberté.