
La Grande Logothétesse Smaranda Sturdza-Balș, un portrait redécouvert
À une époque où les noms des anciens boyards semblent de plus en plus lointains, où leurs visages se sont estompés sous la poussière du temps et de l'oubli, la découverte d'un portrait oublié peut devenir un événement culturel en soi. C'est le cas de Smaranda Sturdza-Balș, la grande logofeteasă de Moldavie du début du XIXe siècle, dont l'image a récemment refait surface – et pour la première fois en couleur – après une disparition de plus de cent ans.
Un portrait cru perdu… retrouvé à Vienne, revenu en Roumanie
La surprise est survenue en 2020, lorsque ce portrait a été découvert lors d'une vente aux enchères organisée par la maison Dorotheum de Vienne – l'une des institutions les plus prestigieuses d'Europe dans ce domaine. L'œuvre était listée sous le titre « Portrait of a Noble Lady », attribuée au peintre viennois Mihail Töpler, mais sans connaître l'identité de la femme représentée.
Aujourd'hui, le tableau se trouve à nouveau en Roumanie, dans la collection et la galerie Artiss, où il peut être admiré sous son nom authentique :

Qui était Smaranda Sturdza-Balș ?
Elle a passé son enfance et sa jeunesse à Iași, dans la maison familiale située dans le quartier de Copou, à l'emplacement actuel de l'Hôpital Militaire.
En 1798, Smaranda épousa Alexandru (Alecu) Balș, fils du grand vornic Iordache Balș. Son mari deviendra plus tard le grand trésorier de Moldavie.
Mais Smaranda ne fut pas seulement une épouse de dignitaire et une mère de boyards. Elle était une femme cultivée, propriétaire d'une précieuse bibliothèque, avec des volumes en français, roumain et grec, dont l'inventaire a été conservé. Par son éducation et ses goûts, Smaranda reflète le profil d'une élite féminine européanisée de l'époque phanariote tardive.
La fortune et les legs d'une logofeteasă
Les domaines possédés par Smaranda en Bessarabie – Crasnaleuca, Corbu et Andrieșeni dans le comté de Hotin –, ainsi que ceux de Moldavie – Zberoaia, Zăzuleni et Costinelu – révèlent une femme de grande richesse et d'influence. Ce qui la rend exceptionnelle, cependant, c'est son testament : elle a légué une partie de ses domaines et de ses bijoux pour fonder un institut destiné aux jeunes filles pauvres, qui devaient recevoir une petite dot lors de leur mariage.
Une potentielle future Dame de Moldavie
On a dit de Smaranda qu'elle aurait pu devenir la Dame de Moldavie, si le destin politique avait été autre. Elle n'a peut-être pas accédé au trône du pays, mais elle fut une figure éminente dans les cercles aristocratiques de son époque. Sa personnalité complexe mérite d'être remise au goût du jour, non seulement par un portrait redécouvert, mais aussi par un approfondissement de sa biographie.
D'ailleurs, une étude récente, Testamentul și inventarul averii vistiernicesei Smaranda Balș (1833 / 1848), disponible sur academia.edu, offre une analyse détaillée des documents concernant ses héritages et sa vie. On y apprend aussi que la date réelle de son décès est le 17 septembre 1848, et non 1845, comme il apparaît erronément dans certains ouvrages de référence.
La redécouverte du portrait – une fenêtre sur le passé
Revenons au portrait signé par Mihail Töpler, peintre viennois actif en Moldavie dans la première moitié du XIXe siècle, il faut dire que l'œuvre est plus qu'une belle image : c'est une fenêtre sur une époque oubliée, sur des valeurs, des modes, des bijoux, mais surtout sur une identité. Matei Eminescu, le frère du poète, mentionnait Töpler comme un artiste qui avait peint toute la famille Balș à Dumbrăveni, réalisant même « les sept merveilles du monde » en paysages.
En guise de conclusion
- Testamentul și inventarul averii vistiernicesei Smaranda Balș (1833 / 1848) – Academia.edu
- Alexandre A.C. Sturdza – Règne de Michel Sturdza, Paris, 1907
- Mihai Dim. Sturdza – Enciclopedia familiilor boierești române, vol. I







